La Paz, ville de l'extrême

Publié le 27 Novembre 2012

Il y a ceux qui commencent leur week-end à La Paz en admirant la Cordillères des Andes depuis les hublots de leur avion, dans le silence et la fraicheur du matin. Et puis il y a nous, qui émergeons après 8h de trajet de bus de nuit par les cris d’une femme au téléphone qui va manquer de rater sa correspondance au terminal. J’ai froid, j’ai sommeil et je me vois déjà en train de la jeter par la fenêtre pour que ses sons stridents disparaissent définitivement de mon esprit. Heureusement, je me souviens vite que je suis en Bolivie et que c’est une option de réveil parmi tant d’autres. Au hasard de mes expériences passées : le chauffeur qui décide qu’à minuit, il est temps de mettre un vieux film des années 80 au volume maximal (pas exactement du genre romantique, et après avoir accidentellement inséré une vidéo porno au début). Tout le monde a envie de dormir, mais personne n’ose rien dire, sûrement parce que c’est la dernière solution pour que le conducteur ne s’endorme pas sur les routes infinies de l’altiplano. Nous, nous sommes un peu les rebelles du groupe, à écouter du Charlie Winston ou du Renaud encore plus fort, tandis que les scènes de violence défilent sous nos yeux (et sous ceux des enfants) : c’est ce qui s’appelle un mélange des genres.

Une semaine après un mariage classe et élégant, nous avons au besoin de retrouver ce que nous aimons le plus en Bolivie : l’aventure.

La Paz, ville de l'extrême

Pour être sûres de ne toucher à aucune trace de luxe ou de confort, nous choisissons de passer les 8-9h de trajet dans un bus de nuit des plus classiques, pour 40BS (4euros). Heureusement, ma capacité à m’endormir dans les lieux les plus incongrus s’est développée depuis mon arrivée dans ce pays, et après quelques contorsions et règles élémentaires de sécurité (objets de valeurs sous ma couverture et sac à dos coincée entre mes jambes), je réussis à m’endormir. Lorsque nous débarquons au terminal, pour achever de me réveiller, je me rends compte que j’ai oublié mes lunettes de vue dans le bus (ca-ta-stro-phe). Après une visite de tous les bus de la compagnie, je retrouve enfin l’objet désiré, sans éviter cependant la traditionnelle tentative de corruption du chauffeur… Nous trouvons un petit hôtel en centre ville qui nous propose une chambre double, sans salle de bain, pour 50BS par jour (soit 5euros). A peine le temps de poser nos affaires, et nous sortons dans la fraicheur matinale à la rencontre de La Paz.

La première fois que j’ai vu cette ville à la télévision, j’en ai eu le souffle coupée. Il s’agit de la seconde ville la plus peuplée de Bolivie (avec quelques 900 000 âmes recensées en 2006), étalée dans une cuvette située à 3800 mètres d’altitude, autour de laquelle se dressent les pics enneigées de la Cordillère des Andes (à plus de 6000 mètres). Pourtant, j’étais loin de m’imaginer le chaos qui pouvait y régner. A mesure que le soleil se lève, la ville prend vie : des dizaines de marchands ambulants s’installent le long des rues, la circulation automobile commence avec des coups de klaxons toutes les 5 secondes (sans aucune exagération), les gens se font de plus en plus nombreux, les cris s’intensifient, des policiers envahissent les rues, les cireurs de chaussures prennent placent, les chollitas s’activent, les magasins ouvrent… Et là je me dis, avec un calme intérieur troublant face à l’excitation ambiante générale : « mais qu’est-ce que je fous ici ? ». Cette ville correspond en tous points aux stéréotypes que nous avons en général des villes d’Amérique du Sud : un chaos général.

 

La Paz, ville de l'extrême

La Paz n’est pas la capitale de Bolivie (c’est Sucre), mais c’est la ville où se trouve le siège politique, ce qui en fait également la ville la plus protestataire du pays. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait une manifestation, un bloqueo, ou une grève générale. Quant aux touristes, c’est vigilance rouge sur tous les guides de voyage : vols et agressions assurés. Au mieux, un bolivien vous propose de prendre une photo et en profite pour s’échapper avec l’appareil dans les ruelles. Au pire, un taxi vous embarque dans le lieu le plus isolé de la ville histoire de vous voler tout objet de valeur (papiers d’identité compris). Par chance (ou par vigilance), il ne nous est absolument rien arrivé. La seule agression que nous avons du subir ? Le « waou (sifflement raté), tu viens de quelle planète beauté ? ».

Le Vendredi matin, nous nous promenons dans le « marché des sorcières », qui en fait une mise en scène touristique. Les amulettes avec les significations en anglais finissent de nous en persuader. Nous rencontrons tout de même les traditionnels fœtus de lama séchés (qui ont manqué de me faire mourir de peur la première fois que j’ai vu ces choses pendues par le coup à Cochabamba). En fait, il s’agit d’une très ancienne tradition consistant à enterrer ces fœtus à l’entrée d’une maison récemment construite, pour assurer la prospérité et le bonheur du foyer. Elle se fait néanmoins de plus en plus rare et se perd au fil des générations. Ayant vu assez de lamas mort pour la journée, j’évite un repas à base de lama pour cette fois (même si c’est très bon, n’en doutez pas).

Après tout, nous avons bien des têtes de cerf empaillés en France...

Après tout, nous avons bien des têtes de cerf empaillés en France...

Pour des raisons vitales évidentes, nous décidons de nous échapper du centre-ville l’après-midi : direction le parc éco-touristique de la « valle de la luna». A seulement quelques dizaines de minutes de la ville, c’est un autre monde qui s’offre à nous. L’érosion a sculpté au fil du temps une véritable œuvre d’art : un désert de stalagmites en argile. Les polaires enroulées autour de nos têtes en guise de casquettes (nous voulons éviter le « ! QUE QUEMADURA !» horrifié des boliviens à la vue de nos peaux fragiles brûlées par le soleil), nous profitons d’un moment paisible dans la nature. Autour de ce paysage incroyable, se dressent de très riches maisons habitées par des étrangers. J’ai beau aimé l’aventure, je rêve d’une seule petite nuit dans un chalet de bois à l’horizon : juste un lit avec un vrai matelas, un bon bain et un petit vin blanc sur la terrasse…  A ce moment là, je décrète qu’il s’agit de ma nouvelle conception du confort et du bonheur après trois mois en Bolivie !

La Paz, ville de l'extrême
La Paz, ville de l'extrême

Le lendemain, nous partons loiiiiiin de la ville, en direction des ruines de Tiwanaku. « TIWANA QUOI ? » (J’ai réagis comme ça la 1ère fois moi aussi). En résumé extrême, c’est le « Machu Picchu » Bolivien, les touristes en moins, des années d’ancienneté en plus. Il s’agit de ruines très bien préservées d’une civilisation pré-incas (soit 800 avant JC). Cette civilisation est à l’origine du savoir-faire andin dans les domaines de l’agriculture, de l’astronomie, des mathématiques et de l’ingénierie. Selon les musées (et mon Petit futé), ce sont les rois de la pomme de terre. Cette civilisation très puissante (qui s’est étalée jusqu’au Chili et au Pérou) a disparu mystérieusement vers la fin du XIème siècle. Certains disent que ce fut à l’issue d’un des nombreux combats avec des civilisations ennemies, d’autres que le recul du Lac Titicaca (sacré pour eux) a achevé leur existence. Ce qui est sûr, c’est que les traces de celle-ci sont extraordinairement conservées. Sur 16 hectares (contre 400 000 initialement), on peut visiter l’ancienne cité administrative et religieuse. Malgré le temps et les colonisateurs qui ont tenté de trouver de l’or dans tous les recoins du site, on peut encore deviner les temples et pyramides. Elles étaient réalisées grâce à la lave des Andes, l’andésite. Tout comme la civilisation inca, le soleil a une place centrale dans l’orientation du site.

Panorama de photos sur le site de Tiwanaku
Panorama de photos sur le site de Tiwanaku
Panorama de photos sur le site de Tiwanaku
Panorama de photos sur le site de Tiwanaku
Panorama de photos sur le site de Tiwanaku
Panorama de photos sur le site de Tiwanaku
Panorama de photos sur le site de Tiwanaku

Panorama de photos sur le site de Tiwanaku

Alors que nous sommes en train de déambuler dans le site depuis tôt le matin, nous apercevons au loin les bus de touristes qui commencent leur débarquement. Les bonnes spectatrices que nous sommes assistons à la compétition du « alors, qui visite le site le plus vite possible ? ». Une photo par ci, une pierre renversée par là et on cooours vite (au cas où le site ne résiste pas quelques minutes de plus, après des millénaires de conservation) ! Enfin bref, nous, on a bien aimé perdre.

Pour le retour, nous sommes deux dans un minibus, et réussissons à négocier le trajet pour 10BS (1€). En toute modestie, nous sommes un peu devenues des professionnelles de la négociation. Attention, je vous dévoile nos secrets… Tout d’abord, l’expression faciale est essentielle : un grand sourire (parce que cela reste avant tout un jeu et une tradition), doublée d’un regard qui dit « on est là depuis trois mois et on connaît les prix, donc ce n’est pas la peine de tenter avec nous mon petit». Ensuite, s’il ne veut pas baisser les prix, parler en français entre amies, l’air de dire « non mais moi je ne veux pas payer AUTANT (sachant que la différence s’effectue en centimes d’euros), on va aller voir ailleurs (même s’il n’y a pas d’ailleurs a priori) ». Pour finir, inutile de s’énerver si cela ne semble pas possible, on reste PEACE AND LOVE. Cet état d’esprit devrait d’ailleurs être appliquée pour certaines personnes, genre l’américaine qui a littéralement criée dans le minibus d’aller parce qu’elle avait vu le chauffeur cligné des yeux, fatigué.

Il faut éviter parce que déjà, en s’énervant, on bafouille en espagnol et c’est ridicule. Ensuite, parce que proposer de mettre la musique à volume max et d’ouvrir les fenêtres, ça fait plus ambiance colonie de vacances.

Entre l'altiplano et la Cordillères des Andes

Entre l'altiplano et la Cordillères des Andes

Le Dimanche matin, nous sommes réveillées par un groupe de jeunes « éléphants » qui tentent de nous voler la douche (c’était sans compter sur l’énervement posé de mon amie Camille, qui n’aime pas tellement être réveillée à 6h du matin, tout comme moi d’ailleurs). On reprend une dernière fois les minibus pour monter sur les hauteurs de la ville : objectif point de vue. Le ciel est couvert mais le spectacle n’en reste pas moins impressionnant. La ville s’étend dans une sorte de cuvette, mais les constructions s’étalent désormais sur les hauteurs de la ville, sur des versants de montagne que je n’oserai même pas descendre en vélo. Et là, on prend une minute pour rendre hommage aux chauffeurs de bus qui sont des professionnels du démarrage en côte. Clairement, ces maisons (les plus pauvres) semblent être prêtes à s’écrouler à tout moment. D’ailleurs, j’apprendrai plus tard que les inondations sont très fréquentes et que chaque année, il y a des catastrophes avec des pans entiers de collines (et les maisons qui vont avec) qui s’écroulent. On imagine que ça ne dérange ni les riches étrangers qui habitent plus loin, ni les hommes d’affaires qui ont prit les maisons initiales au centre de la ville. Au loin, les nuages découvrent progressivement le mont Illimani, perché à quelques 6000 mètres d’altitude seulement. Par contre, impossible de voir un ciel bleu au-dessus de la ville car il y a un nuage de pollution perpétuel.

D'Ossun à La Paz...

D'Ossun à La Paz...

Le trajet du retour est plutôt tranquille, nous visitons l’altiplano pendant 5h (« quand c’est haut, quand c’est plat, c’est l’altiplano »), avant d’arriver sur les hauteurs et de redescendre sur Cochabamba. Je rentre chez moi hyper fatiguée, mais je prends quelques minutes pour voir les messages des mes supers amis et un mail de mes parents qui me confirment notre trajet d’avion pour la PATAGONIE en Février (avec mon grand frère). Bref, de quoi improviser une petite danse du bonheur, genre sur « You Can’t Hurry Love » de Phil Collins (oui, on ne sait pas pourquoi).

Rédigé par Adeline

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