Toro Toro: "welcome to Jurassic Park"
Publié le 18 Septembre 2012
Oubliez les images que vous avez de la Bolivie... Oubliez les étendues citadines bruyantes. Oubliez les montagnes verdoyantes. Oubliez les lamas et les alpagas. Ici, vous êtes dans un autre monde : une terre désertique qui semble s'être figée il y a des milliards d'années. Et si vous n'avez pas une âme aventurière, n'allez surtout pas vous perdre dans ce parc national, l'un des plus beaux du pays.
Alors que le soleil au zénith vient illuminer les paysages verdoyants, notre équipe d'aventuriers débarque dans un 4x4 neuf, prêt à s'émerveiller devant un gigantesque herbivore.. Non, là je plaisante. Dans le récit qui est le mien, c'est un groupe ensommeillé qui débarque à 1h30 du matin, après avoir passé 6 heures dans un bus, sans avoir de sièges. Nous sommes huit : Daniel (EU) et Gabriela (Bolivie) qui nous attendent déjà à Toro Toro, Bree et Seth (américains), Louisa (Anglaise) puis Camille et moi-même (les frenchies). Huit, et pourtant, aucun n'a pensé à réserver des places. Les jeunes et robustes aventuriers que nous sommes n'hésitent pas à accepter l'invitation de la compagnie de bus, consistant à nous « asseoir » entre les rangées (et avec une bonne vingtaine de personnes déjà en place à ce même endroit). C'est assez drôle durant la première heure. Et puis, mes muscles se sont tétanisés, le chemin s'est dégradé et l'air a commencé à me manquer. Vers la fin du trajet, après avoir (enfin) trouvée une position relativement confortable sur le sol, le bus s'arrête toutes les 30 minutes pour laisser descendre les habitants (donc je me lève, je me rassoit, je me rendors, je me prends un coup de genou, je me réveille, je me lève, je me rassoit, etc).
Nous trouvons juste assez d'énergie pour trouver l'hôtel et nous jeter dans les bras de Morphée. Le lendemain à 8h, nous voilà prêts à vivre une longue journée de découvertes avec notre guide Victor (obligatoire dans le parc national). Luxe ultime, nous partons en 4x4 pour une randonnée dans les hauteurs de Toro Toro. Les paysages sont secs, arides et entourés de montagnes composées d'un ensemble de magnifiques pierres colorées (les montagnes sont le fruit du déplacement des plaques après le Big Bang).
Lors de notre randonnée, nous partons à la rencontre de la « ciudad de Itas ». Il s'agit d'un ensemble de formations rocheuses de très grande taille avec des cavités qui semblent être de véritables « salles » naturelles, où filtrent les rayons du soleil mettant en valeur le pourpre des rochers.
Comme des mômes, nous nous émerveillons de tout : des roches en forme d'animaux, des paysages baignés par le soleil et des oiseaux majestueux qui tournoient en permanence (dont certains peuvent parfois manger des brebis vivantes). En plus, pour avoir la chance de dire autant de « waaaaooou », il faut escalader, sauter, monter, descendre, glisser et se noyer dans les marécages !
L'après-midi, à peine remis de nos émotions de la matinée, séance spéléologie au sein du parc national. Munis de nos casques et lampes frontales, nous entamons une descente vertigineuse à travers la grotte. Celle-ci a été créée après l'ère des dinosaures, certainement en corrélation avec le Big Bang. Personnellement, je suis excitée comme une gosse avant même de rentrer dedans ! Et je ne vais pas être déçue par l'aventure : au fur et à mesure de l'avancée, les passages se font de plus en plus étroits et ma petite taille va m'être d'une grande utilité.
C'est moi qui me faufile en premier dans les parois, qui rampe comme un lézard et saute comme un cabris (et là, je me demande vraiment comment faire quand on ne fait ni ma taille, ni mon poids). Au sein des entrailles de la terre, j'admire les stalactites et stalagmites qui ont mit tant d'années à se former et je m'émerveille face à ce lieu si éloigné de la lumière. Pendant quelques minutes, nous éteignons tous nos lampes et nous taisons : alors, nous ouvrons les yeux sur l'obscurité et écoutons le bruit des gouttes régulières troubler le silence souterrain. Néanmoins, j'ai un peu de mal à garder le sourire lors des passages en rappel, sans baudrier, où mes mains ensablées peinent à tenir la corde et où mes pieds glissent sur les roches humides. Finalement, après plus de 650 mètres de dénivelé négatif, un lac souterrain nous barre la route : là, des poissons aveugles nagent ça et là. Non seulement je me demande comment la vie peut exister ici, mais je ne peux m'empêcher de les plaindre de ne jamais pouvoir connaître la lumière du jour (oui, je sais, ils sont aveugles et ce sont des poissons, mais quand même).
Le lendemain, et après une soirée bien agréable autour d'un verre de vin, direction le Canyon de Toro Toro ! Sur le chemin, Victor nous montre des dizaines d'empreintes de dinosaures, le plus souvent des herbivores. La taille n'est pas très impressionnante mais la conservation est stupéfiante : on peut même voir les griffes et le nombre de doigts. Plus loin, nous découvrons même des empreintes (énormes) d'un herbivore qui mesurait plus de 36 mètres de longueur et 24 mètres de hauteur !
Tout à coup, à l'horizon : LE canyon. Serpentant au milieu de la vallée, ses parois sont vertigineuses et nous le tout offre un spectacle à couper le souffle (plus de 250 mètres de profondeur et 400 de largeur).. Nous entamons rapidement la descente pour arriver jusqu'à la rivière : le sable se mêle à une végétation luxuriante, jusqu'à déboucher sur la « cascada de la virgen ». Mes Pyrénées recèlent de cascades toutes aussi magnifiques les unes que les autres, mais celle-ci restera à coup sûr dans mes souvenirs. Il ne s'agit pas d'une grande cascade bruyante, mais plutôt de dizaines de jets d'eau qui sortent d'un tapis d'herbes et de plantes verdoyantes, pour ruisseler et s'écouler lentement dans des bassins turquoises. Clairement, le lieu est magique.
Diaporama
Pour finir la matinée, après la remontée du canyon (un jeu d'enfants quand on a gravit les 1716 marches du Machu Picchu), notre guide nous amène jusqu'à un dessin. Le genre de dessin que j'allais dépasser sans même y jeter un coup d’œil. Sauf que celui-ci date de 400 av. JC, et fut certainement réalisé par des nomades pour cartographier le lieu (certes, il faut avoir de l'imagination).
Aux alentours de 14h, nous partageons un dernier repas à l'hôtel avant de prendre le bus que nous avons réservé (pas fous quand même). Au cours du trajet, je me réveille environ 3 fois, sonnée par un coup que je me suis pris à la tête à la suite d'un énième trou. Mais qu'importe, j'ai passé un week-end fantastique, très bien entourée et il est maintenant temps de me retrouver propulsée dans la réalité du présent.
Désormais, il ne me reste plus qu'à postuler pour la prochaine expédition à « Jurassik Parc ». La vraie, cette fois.