La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

Publié le 4 Mars 2013

Excursion de 3 jours dans le Sud Lipez de la Bolivie, du Jeudi 17 Janvier au Samedi 19 Janvier

Excursion de 3 jours dans le Sud Lipez de la Bolivie, du Jeudi 17 Janvier au Samedi 19 Janvier

https://www.youtube.com/watch?v=D7AlUDP9lqs

 

Imaginez…

Sur des kilomètres et des kilomètres, vous ne rencontrez aucune autre voiture ni aucune autre trace de vie. Les paysages défilent mais ne se ressemblent pas: les volcans laissent place aux sommets enneigés et les étendues arides à des lacs immenses où vivent des flamants roses. Du sable, des roches volcaniques, des étendues de sel, des pierres ambrées, de la boue, des prairies perdues dans des coins d’une extrême aridité, des sculptures naturelles à perte de vue: vous verrez de tout.

Une fois, vous allez même admirer pendant de longues minutes un bébé lama en train de patauger dans une rivière au pied d’un volcan autour duquel se perçoivent encore des petits tas de neige accrochés à quelques brins d'herbes. Le lendemain, vous vous coucherez dans le sable au bord d’un lac immense pour sentir les rayons du soleil caresser votre visage après des heures interminables de pluie. Vous volerez des plumes de flamants roses sur les bords de la laguna colorada, dont les algues uniques donnent à ces eaux des couleurs rouges-orangés vives. Vous écouterez le bouillonnement incessant des geysers, ces trous gris d’où jaillissent de la fumée et des bulles, tâchant de part en part le pourpre du désert...

 

  

 

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

Les longues heures de trajet donneront naissance à des discussions interminables entre deux amies qui se croisaient à peine à Sciences Po et qui se retrouvent ensemble pour vivre ces moments uniques à l’autre bout du monde. Chaque soir, malgré l’humidité et le froid, vous retrouverez le sourire en partageant une soupe (même tiède) avec vos compagnons de voyage. Les silences seront aussi des trésors. Chaque jour, votre passion pour ce pays se confirmera un peu plus, et vous tenterez d’oublier que l’aventure prendra fin d’ici peu. Rien ne deviendra jamais lassant, ni la deuxième fois sur le Salar, ni l’absence de douches pendant 4 jours (là je plaisante) ni même les changements de programme et les péripéties habituelles. La crevaison de roue vous fera même sourire, du moins après avoir vérifié que celle de secours était bien utilisable. Cette région est la plus haute et la plus désertique du pays, vous allez donc devoir affronter chaque jour le vent, le froid et la pluie. Malgré tout, vous trouverez un peu de réconfort en vous disant que ce sont sans doute ces conditions extrêmes qui empêchent le tourisme de masse et les étendues urbaines. Au bout de ces 3 jours, vous retrouverez avec bonheur le confort d’un bon lit et la chaleur d'une bonne douche. Pourtant, malgré le réconfort que cela vous apportera les premières heures, vous n’allez avoir envie que d’une chose : y retourner.

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

 

Bref, ne vous mettez pas trop à rêver tout de même, parce que pour l’instant, il est 1h30 du matin le Mercredi 16 Janvier 2013 et ce n'est que le début de l'aventure...

« Je suis assise sur un petit pont en bois qui surplombe une rivière, les yeux fermés. J’écoute le silence des alentours. Je respire les odeurs du Printemps. Il fait bon, presque chaud même. J’ouvre les yeux sur un paysage campagnard qui m’est familier, le cœur au bord de l’apaisement le plus total. Un oiseau vient se percher sur une branche en face de moi et il se met à chanter en regardant vers le ciel. Tout à coup, il se tourne vers moi et me fixe avec des yeux accusateurs. Sa voix mélodieuse laisse place à une tonalité plus humaine, comme s’il était en train de me parler. J’aperçois encore le soleil mais il s’éloigne petit à petit, laissant place à la nuit et au froid. Je ferme les yeux de nouveau pour retrouver un peu de chaleur et le bien-être mais les bruits s’intensifient autour de moi et j’aperçois des ombres à travers mes paupières obstinément fermées. L’oiseau s’est posé sur mon épaule et me lance avec une voie humaine masculine : « señorita, permiso por favor, quiero pasar ». Prise de panique, j’ouvre soudainement les yeux sur la réalité : il est 2h du matin, il fait un froid glacial et je suis assise dans le train qui vient d’arriver en gare d’Uyuni. Je regarde à côté de moi les yeux ensommeillées de mon amie Juliette, et je sais que nous pensons toutes les deux la même chose : la nuit va être longue, très longue".

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

Enroulée dans mon écharpe et cachée sous mon bonnet, je constate avec stupéfaction que mes lèvres glacées laissent échapper des traits de fumée. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’il y a à peine une semaine je me prélassais sur la plage de Copacabana et que je suis maintenant dans une des régions les plus froides du pays. En plus, la saison des pluies a commencé et elle n’offre que de rares occasions au soleil pour pointer le bout d’un rayon. Je regarde avec envie quelques touristes prendre place dans des bus touristiques ou s’installer dans l’hôtel qu’ils ont réservé. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à réserver d’hôtel par téléphone et devons donc partir à la chasse au dortoir.

Nous nous enfonçons rapidement dans la ville, en espérant que les autres touristes se focalisent sur les hôtels proches de la gare. Le résultat dépasse de loin nos attentes puisque nous nous retrouvons bientôt seules à errer dans des rues sombres et désertes. Après quelques échecs, une heure de gagnée et des degrés de perdus, nous trouvons enfin un dortoir pour 4 personnes que nous allons pouvoir partager avec deux chiliennes rencontrées dans notre périple. Nous discutons avec elles avant de nous endormir et échangeons nos remèdes réciproques pour le mal de ventre qui nous tiraille : du Spasfon pour elles et des feuilles de coca à mâcher pour nous. Les feuilles de coca sont fréquemment utilisées chez les travailleurs boliviens car elle permettrait de lutter contre la faim, le sommeil et la douleur. Comme des enfants prêts à vivre une nouvelle expérience, nous nous asseyons en tailleur sur le lit et écoutons les conseils d’utilisation. Tout d’abord, il faut couper la tige présente au milieu des feuilles, avant de les mettre dans la bouche. Ensuite, il faut mâcher et mélanger le tout avec la salive (mmmmh). Lorsque un tout compact et un peu gluant semble s’être formé, nous plaçons la boule sur le côté et au fond du palais. Il faut ensuite la recracher au bout de quelques minutes et ne surtout pas l’avaler. Finalement, je vais me coucher vers 3h du matin avec un petit goût de la tradition bolivienne au fond de mon palais (en plus d'un goût d'herbes et de pissenlit).

 

Quelques heures de sommeil plus tard... Avec nos sacs à dos, nous sommes déjà en train de chercher une compagnie pour effectuer un tour de 3 ou 4 jours à travers le Sud Lipez Bolivien. Je connaissais alors beaucoup de récits très encourageants sur ce voyage : une roue de secours manquante, la jauge d’essence à moitié vide ou encore un chauffeur légèrement alcoolisé… Sans oublier bien évidemment les 4 français qui se sont perdus dans le Salar il y a quelques années de cela.  Bref, nous partons avec notre petit carnet à la main et une folle envie de choisir l’agence qui nous ramènera en vie à la fin de la semaine.

Notre choix se porte finalement sur une agence bolivienne locale pour un tour de 3 jours à 750BS (75 euros) tout compris. Le prix est vraiment dérisoire sachant qu'il inclut les logements, la nourriture et surtout l'usage d'un 4x4 sur une très grande distance. Nous avons choisi de prendre une agence car il est inconscient de tenter l'aventure seul, il faut connaître les lieux pour ne pas se perdre (et en plus, c'est une rente financière importante pour les locaux). Accompagnés par 4 autres argentins dans la voiture, nous prenons enfin la route… Uyuni se fait de plus en plus petite dans le rétro et Juliette me glisse discrètement à l’oreille : « c’est bon, je viens de vérifier et la jauge d’essence est pleine ». Ouf, ne reste plus qu’à espérer que le chauffeur ne soit pas porté sur la boisson et nous sommes sauvés !

 

1ère étape: le "cimetière des trains", qui se trouve à côté d'Uyuni. Il s'agit d'une locomotive à vapeur abandonnée au milieu de nulle part, servant autrefois à transporter de l'or et des minerais jusqu'au Chili et Argentine. Le chemin de fer, lui aussi inutilisé, semble se perdre dans l'horizon...

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

2ème étape: l'hôtel du sel du Salar d'Uyuni. Cette fois, nous ne pouvons pas nous enfoncer dans le Salar car la saison des pluies a commencé et que la pellicule d'eau est trop importante pour laisser les 4x4 s'y engager. Dans mon dernier article à ce sujet, je m’étais lancée dans des envolées lyriques pour tenter de retranscrire la magie du lieu. Je vais cette fois laisser place aux chiffres…

Le Salar d’Uyuni est la plus grande étendue de sel au monde avec ses quelques 12000km² de superficie. Il est issu d’un lac d’eau de mer asséché il y a plusieurs siècles. Composé de 11 couches de sel qui se superposent (variant entre 2 et 10 mètres), la profondeur globale s’élève à quelques 120 mètres. 25 000 tonnes de sel sont extraites en moyenne chaque année, sur les 10 000 millions de tonnes présentes. Aujourd’hui, la préservation du Salar est en danger car il y a une forte présente de lithium sous la couche de sel, l’une des énergies du futur. Sans parler du gouvernement bolivien qui voit dans cette énergie une potentielle source de richesse, ce sont les multinationales des 4 coins du monde qui réclament une exploitation à grande échelle...

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

3ème étape : traversée des « valle de rocas ». Ces formations rocheuses sont dues aux vents très forts qui balaient la zone tout au long de l’année. La plus connue de ces sculptures naturelles est « l’arbol de piedra » (arbre de pierre), qui mesure environ 5 mètres.

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

4ème étape : traversée des « lagunas » où nichent différentes espèces de flamants roses. Parmi elles, la laguna Honda et la laguna colorada (60km² et 35 cm de profondeur en moyenne), à 4270 mètres d’altitude.

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie
La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

5ème étape : les geysers de sol de mañana, situés sur une zone géothermique qui s’étend jusqu’au Chili. Ils se trouvent à 4870 mètres d’altitude et projettent des vapeurs qui peuvent atteindre 10 mètres de haut. Nous ne verrons pas une telle amplitude car les jets les plus hauts ne se perçoivent qu'au petit matin. Mais nous aurons tout de même droit au coucher du soleil...

La traversée du désert: le Sud-Lipez de la Bolivie

Sur ce, je vous donne rendez-vous dans 2 ou 3 articles pour vous parler de paysages presque similaires de l'autre côté de la frontière, au Chili... Hasta luego !

Rédigé par Adeline

Commenter cet article