9643 km, 30h de vol, et 6h de décalage horaire
Publié le 6 Septembre 2012
9643 kilomètres, 30 heures de vol et 6 heures de décalage horaire. C'est ce qui va me séparer de ma vie française à partir du 20 Août 2012. Voilà du moins ce à quoi pourrait penser un esprit mathématique et rationnel à la veille de son départ. Pourtant, pour moi, à 23h le 19 Août, ce sera le vide total. Je ne peux pas penser, je ne veux pas penser, je ne dois pas penser. La seule chose que je sais, c'est que demain, à 10h30, je dois être à l'aéroport de Toulouse (et là, c'est le début du raisonnement carpe diem qui sera le mieux durant l'intégralité du trajet).
Ma vie matérielle peut se contenir en 28kg, selon les compagnies Alitalia et Aerolineas Argentinas. Et comme prévu, la veille de mon départ, ma vie est débordante. Mon raisonnement ne fut pas de déterminer ce que j'allais prendre, mais plutôt de choisir ce que je n'allais pas prendre. En somme, pas de livres de "Bridget Jones" pour mes soirs de déprime, pas de chaussures à talons pour me sentir plus grande et nul vêtement purement esthétique. Qu'à cela ne tienne, ce sera "Tristes Tropiques" pour lecture, chaussures de montagne et blouson/polaire/jogging (ou presque, c'est pour que vous m'imaginiez en aventurière, mais je suis toujours en petite ballerine au moment où j'écris ces quelques lignes). Croyant avoir réussi à quitter l'impossible, la balance est formelle: 40kg. Là, c'est gros fou rire nerveux avec ma mère et désespoir de mon père. On recommence ! Finalement, je décide d'accorder à ma vie matérielle quelques kilogrammes supplémentaires: ce sera 37.
Aéroport de Toulouse - Lundi 20 Août - 10h30: je m'envole pour Rome, première étape de mon voyage.
Je viens volontairement de faire une ellipse de 12h car, à la vue de la majorité des récits de voyage que j'ai pu lire, je me dis que ça doit être une règle de ne jamais dire un mot sur les difficiles "au-revoir". Pourtant, la tristesse de la séparation fait partie intégrante du voyage. Elle marque la fin d'une vie et le début d'une autre. Pour cette raison, je ne cacherai (presque) rien de ma tristesse ou de mes moments difficiles durant ce voyage.
Pour avoir une représentation précise et fidèle de mon voyage, il faut rajouter quelques milliers de kilomètres pour prendre en compte les étapes Rome - Buenos Aires.
Au moment du décollage, j'ai envie de crier à ceux qui veulent bien l'entendre que j'ai 20 ans et que ça y est, je pars accomplir mon rêve en Amérique Latine ("putain, je suis en train de le faire ! "). Mais l'hôtesse de l'air est la seule personne qui m'accorde un minimum d'attention, juste pour savoir si je veux boire ou manger. Comme je suis méfiante et mal habituée à ce qu'on m'offre des choses, je refuse (en fait, quand je comprends que c'est gratuit, je me dis que je vais avoir bien des choses à apprendre: ce ne sont que les compagnies low cost qui font payer les denrées alimentaires et les boissons, sûrement parce que les autres l'intègrent dans le prix du billet..).
Aéroport de Rome - 12h: assise sur un siège, je me demande comment je vais bien pouvoir tuer 10h d'attente, coincée entre 4 murs et sans internet (se méfier des affiches "ici WIFI", parce que la WIFI est certes présente, mais elle coûte 25 euros de l'heure). Après avoir rejoint le terminal de mon départ, je commence la plus longue journée de mon existence. Je me ballade dans les boutiques, j'aperçois des photos du pape et je mange une pizza. J'ai aussi eu la bonne idée de télécharger un film sur mon ordinateur et de recharger à blog mon MP3 ("Don't worry, Be Happy.."). Les heures passent, les vols se succèdent et je reste le seul point stable de cet aéroport. Après cette longue attente, vous comprenez donc mon petit sourire en coin quand les premiers gens de la file d'embarquement râlent parce que ce sont les passagers des rangées 15 à 30 qui passent en premier. En réalité, ici comme ailleurs, tout se déroule selon un système de moutonage dont la probabilité est de 99%: un individu se lève, d'autres suivent et tout le monde vient donc gentiment rejoindre la queue en formation. Pourtant, je n'ai pris l'avion qu'une fois et la logique me semble évidente: les passagers du fond de l'avion embarquent en premier.
Aéroport de Rome - 22h: décollage pour l'Amérique Latine ! Là, avec ma petite couverture, mon coussin gonflable, mon bandeau et mes boules quiès, je m'endors immédiatement. A mon réveil, mon voisin m'a gentiment gardé les gâteaux et le jus d'orange qui ont été distribués pendant ma petite absence. Il est italien et ne parle pas bien l'anglais (ni moi non plus d'ailleurs), et pourtant, ce sera la première belle rencontre de mon voyage. Avec un langage des signes relativement élaboré, il m'explique qu'il vient à Buenos Aires pour un concert et qu'il a déjà visité la Bolivie: le pouce en haut, langage universel, me rassure dans ma destination. Plus tard, je m'endors en Afrique et je me réveille en Amérique Latine (véridique, je suis une vraie marmotte). J'ai juste le temps d'émerger en plein milieu de l'Océan, moment d'angoisse total où je vois le petit point noir, sensé représenté notre avion sur l'écran, perdu dans l'Océan (je ne sais pas qui a jugé bon de mettre des écrans pour signifier notre avancée, mais moi ça ne m'a pas du tout rassurée). Silence total dans l'avion, tout le monde dort. Dans les films, c'est justement le moment où l'avion fait une secousse et où il commence à perdre de l'altitude.. Là, je respire un bon coup, je ferme les yeux et je me dis qu'il va sérieusement falloir que j'apprenne à canaliser cette imagination débordante.
Aéroport de Buenos Aires - Mardi 21 Août - 06h55 heure locale: ma première vision de l'Amérique Latine sera donc celle d'un immense aéroport, complètement neuf et Hi-Tech. Le temps n'est pas au beau fixe et il ne me tarde désormais qu'une chose: sauter dans les bras de Camille qui m'attend déjà à l'aéroport de Santa Cruz en Bolivie. A 09h25, alors que l'on s'apprête à décoller, j'entends du Français ! Devant le grand sourire que j'adresse à mon voisin, il comprend aussitôt que j'ai 24h de silence à rattraper en 2h. Chercheur spécialisé dans le paludisme, ce jeune Marseillais va rester 4 mois à Santa Cruz pour apporter son aide à une association de recherche. Très vite, les paysages apparaissent sous nos yeux, sous un soleil éclatant: nous sommes en Bolivie.
Tout n'est que verdure et immensité. Parfois, un fleuve de couleur jaunâtre vient traverser le paysage et des cultures commencent à apparaître. En fait, nous traversons le Sud Est de la Bolivie, c'est à dire une partie des "plaines orientales" du Bassin Amazonien (environ 400 mètres d'altitude seulement).
Lorsque Santa Cruz s'étend devant nous (j'utilise volontairement le mot "étendre" et non "élever"), je suis bouche bée devant le spectacle. La ville s'étale sur des kilomètres car, contrairement à chez nous, l'espace s'occupe horizontalement et pour vous faire une petite idée de la chose, Santa Cruz de la Sierra est la ville la plus peuplée de Bolivie, avec 1 594 823 habitants en 2009.
Pour avoir une idée plus précise de l'organisation spatiale des grandes villes en Bolivie: voici la vue de La Paz.
Aéroport de Santa Cruz de la Sierra - 11h30: sous une chaleur etouffante, je termine ce long périple. Après être passée par la douane, j'aperçois immédaitement mes valises et je leur saute dessus. La coque est abîmée, des trous (de cigarettes sans doute) me sautent aux yeux et parmi les étiquettes, il n'en reste plus qu'une. Mais qu'importe, on peut enfin sortir respirer l'air bolivien, moi et mes 37kg de vie.



