Bolivie, terre de contrastes

Publié le 10 Septembre 2012

Imaginez: deux jeunes filles françaises, traversant Santa Cruz de la Sierra avec 37kg de bagages. Pour mieux visualiser la scène, rendez-vous compte des 30° ambiants accompagnés d'une grande humidité, et sachez que les trottoirs sont d'une largeur moyenne d'un mètre, régulièrement entrcoupés de routes, où circulent des voitures semblant méconnaître toute sorte de code de la route. Bien sûr, les trottoirs se terminent de façon soudaine et abrupte, mettant à l'épreuve les lois de la gravité et surtout les petites roues des valises, qui (rappelons-le), ont été créées pour de grands et réguliers trottoirs parisiens. Maintenant, imaginez que vous êtes boliviens et que vous voyez ce spectacle: distraction assurée.

Après avoir retrouvé Camille à l'aéroport, nous avons embarqué dans notre premier mini-bus Bolivien pour rejoindre le centre-ville, où nous avions déjà repéré quelques adresses d'hôtel. Je vous épargne le traditionnel réflexe de la ceinture, qui se solde par une main dans le vide, et je vais d'avantage insister sur le fait qu'ici, on vous largue au milieu d'une rue, en vous disant que le centre est "par-là" (au loin, en prenant la route qui monte, monte, monte). Avec un enthousiasme débordant, je prends ma valise de 20kg dans ma main droite, le petit sac de 10kg posé dessus, et mon sac à dos, afin de commencer le périple citadin. Nous sommes alors plongées dans un bain étourdissant: des bruits, des coups de klaxons et un monde fou. Rien de très surprenant néanmoins car j'avais quelques idées préconçues sur les grandes villes d'Amérique du Sud, et qu'elles s'avèrent être complètement réalistes. Certes, des taxis s'arrêtent pour nous proposer leur "aide", mais nous sommes encore trop méfiantes et naives pour utiliser ce mode de transport dont nous connaissons trop bien les dangers, et trop peu les rouages. Lorsque certaines personnes tentent de m'expliquer le plan de la ville, j'écoute, j'acquiesce, puis je remercie en partant dans la direction indiquée. Et ces tentatives se soldent systématiquement par un regard amusé à Camille signifiant que je n'ai strictement rien compris: ah tiens, l'accent d'ici ne serait pas le même que l'accent espagnol qui a berçé mes cours de lycée ? Finalement, après de nombreuses roues bloquées, des sacs qui tombent et des fou rires, nous arrivons enfin à l'hôtel Residencial BOLIVAR.

Et là, c'est le PA-RA-DIS: un patio avec hamacs et végétation luxuriante nous attend, autour duquel se situent des petits dortoirs propres et calmes. S'en suit une redéfinition complète de notre notion du "bonheur": du repos, une douche et l'accès à internet. Pour la petite anecdote, nous faisons la connaissance de "Simon le Toucan", magnifique oiseau des tropique apprivoisé, que nous préférons néanmoins admirer de loin.

Bolivie, terre de contrastes Bolivie, terre de contrastes

L'après-midi, nous décidons de partir à la rencontre de la ville. Pour être honnête, alors que je pensais que la ville me plairait, elle me semble etouffante: tout paraît anarchique, rapide et bruyant. De plus, tous les habitants nous dévisagent, et nous nous sentons bien étrangères. Heureusement, Santa Cruz n'est qu'une ville de passage pour nous et demain, nous avons rendez-vous avec la ville du "printemps éternel": Cochabamba.

Bolivie, terre de contrastes
Bolivie, terre de contrastes
Bolivie, terre de contrastes

Dès le lendemain, nous allons expérimenter le mal des transports. Au sens premier du terme tout d'abord: ici, les routes n'existent pas, parlons de "passages" ou au mieux de "chemins". Niveau climatisation, les courants d'air nous permettent de ne pas mourir de chaud et pour l'ambiance, comptez sur quelques cafards pour vous tenir compagnie le temps du chemin des tropiques. Ensuite, les transports sont ici qualifiés par leur forte instabilité et incertitude: régulièrement, les producteurs de coca bloquent les routes ("bloqueos") pour manifester leur mécontentement, et ce pour une durée illimitée. Enfin, vous avez un regard hagard, des valises et une allure européenne cachant difficilement votre récent débarquement ? Alors vous êtes une cible privilégiée pour les représentants des compagnies de bus. Ici, c'est à celui qui crie le plus fort: "Cocha, Cocha, COCHABAMBAAAAAA" ! D'ailleurs, inutile de vous préciser que ceux qui crient le plus fort sont souvent ceux qui font payer le plus.

Forcément, nous tombons dans leurs filets, et apprendrons plus tard que nous avons payé deux fois le prix d'un billet classique (première et dernière fois que nous nous ferons avoir, vous vous en doutez bien). Ensuite, nous collons nos yeux à nos valises, et élaborons un système de surveillance de la soute des plus élaborés: mes valises ont survécu aux trois changements d'avions, elles n'ont pas intérêt à se perdre aussi près du but.

Tout au long du trajet, nous attend un spectacle de contrastes. En 2h à peine, nous perdons 20° et gagnons 2200 mètres d'altitude. En conséquence, nous passons de paysages arides à une forêt dense et s'étalant à perte de vue vers les hauteurs.

Parque Amboro, longé lors d'une partie du trajet

Parque Amboro, longé lors d'une partie du trajet

Mais au-delà de ces changements d'ordre climatique, ce sont les images de pauvreté extrême qui m'interpelle le plus. Ici, dans les coins les plus reculés de Bolivie, s'entassent quelques cabanes en bois délabrées, d'où nous observent des enfants vifs et curieux. Là, j'ai pour la première fois conscience que je suis dans l'un des pays les plus pauvres d'Amérique Latine. Pour cette fois, le temps semble suspendu, comme si on voulait oublier cette partie de la réalité du pays, en la repoussant le plus loin possible des villes en route vers le "progrès". Malgré tout, je ne ressens ni gêne, ni pitié: les enfants nous sourient, des adultes jouent des les eaux des rivières et chacun lève la tête au moment où nous passons avec le bus. Je m'imagine alors que nous devons apparaître comme l'un des seuls points de rattachement à cet endroit si près, et en même temps tellement inaccessible: la ville.

A moins que.. A moins qu'il y ait cet autre élément, là, gravé dans le bois ou jonchant les routes désertes, dans les mains des enfants des rues ou décorant les lisières, faisant autant parti du décors que les forêts majestueuses de Bolivie: Coca-Cola ("rends ta vie plus belle").

Photo de Camille: même les familles les plus pauvres ont à leur côté une bouteille Coca-Cola.

Photo de Camille: même les familles les plus pauvres ont à leur côté une bouteille Coca-Cola.

Bolivie, terre de contrastes

Rédigé par Adeline

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