"Dis, tu reviendras quand ?"

Publié le 10 Décembre 2012

Mon rêve de petit-déjeuner se réalise avec bonheur le Jeudi 05 Décembre : du café, du pain avec de la confiture et me voilà heureuse. Nous nous préparons et partons de nouveau à la rencontre de la population. Cette fois, le lieu me paraît moins hostile et plus accueillant, même si la pauvreté se ressent à la vue de chaque maison. Derrière l’école, je rencontre un petit garçon qui s’amuse avec un ballon de basket-ball et qui tente maladroitement d’ouvrir un paquet de galettes. A chaque visite de communauté, j’ai remarqué qu’il y avait toujours un terrain de basket au centre du village, parfois même à la place d’une éventuelle école. Bref, je parle avec lui et comme d’habitude, je suis saisi par la beauté et par la maturité de ces enfants. Ca peut paraître complètement ridicule mais ils ont un petit quelque chose en plus, le genre de chose qui fait passer du « oh qu’il est mignon » à « un jour, j’adopterai un petit d’ici ».

"Dis, tu reviendras quand ?"

A notre retour au centre, il y a déjà une file de patients qui attendent patiemment de rencontrer un dentiste pour la première fois de leur vie. Avec l’aide de Jessica, nous décidons de parler aux enfants pour les sensibiliser au lavage de dents et de mains. On a droit à un petit dessin avec une vilaine bactérie toute verte qui mange la dent, et ça plait bien aux enfants. Néanmoins, mon appareil photo va d’avantage les intéresser par la suite. Je surveille la passation de main en main, mais je remarque qu’ils veillent tous consciencieusement à passer la bandoulière autour de leur cou pour ne pas le faire tomber. Je vais bien sûr avoir la moitié de photos de moi : moi en train de sourire, moi en train de loucher, moi en train de demander aux enfants de venir, moi avec un regard perdu, et moi en train de perdre l’inspiration. Je remarque que ces enfants sont plus affectueux que d’habitude, ils me prennent la main et viennent sur mes genoux sans problèmes. Moi je savoure ces câlins avec un bonheur inouï, j’ai l’impression que je suis en train de charger ma batterie de tendresse et qu’elle pourra durer des années grâce à eux.

"Dis, tu reviendras quand ?"

Je perds complètement mon insouciance lorsque je vois deux frères et sœurs arriver dans le centre de santé. Le garçon a des mèches blondes qui contrastent avec ses cheveux noirs corbeaux, et la petite semble très affaiblie. Elle regarde dans le vide et s’accroche à sa mère avec ferveur. La mère dort sur le siège, elle semble avoir 60 ans alors qu’elle doit en avoir 35 maximums. Jessica nous explique que les mèches blondes sont en fait un signe de malnutrition extrême, et que c’est un phénomène récurrent ici. Vu la situation, le docteur les prend en consultation, de même que le dentiste. Ils ressortent avec une brosse à dent et des vitamines, et je ne peux m’empêcher de me dire que ce ne sera jamais suffisant. Je n’ai jamais vu une telle pauvreté et j’ai l’impression d’avoir pris 5 ans au moment où j’ai croisé leurs regards.

Lors de la réalisation des enquêtes, le docteur m’indique qu’il a déjà vu des jeunes filles de 12 ans tomber enceinte, dans ce pays où l’avortement est interdit. C’est un cercle vicieux problématique car elles arrêtent l’école pour élever l’enfant, et plongent un peu plus dans la pauvreté. Je me persuade que les petites filles qui me sourient sur le banc en face de moi s’en sortiront, qu’elles iront un jour à Uyuni pour faire des études d’infirmière ou d’institutrice. Si je ne me persuadais pas de cela, je crois que je me mettrai à pleurer.

"Dis, tu reviendras quand ?"

La journée défile à une allure folle, et nous voilà déjà à « faire l’avion » une dernière fois pour les enfants. Je leur fais un dernier câlin avant de monter dans la voiture. Abigail me regarde dans les yeux et avec une voix pleine d’espoir me demande : « dis, tu reviendras quand ? ». J’ai envie de lui dire que je reviendrai bientôt, mais je ne veux pas lui mentir. Alors je lui promets d’essayer de revenir, et j’espère égoïstement au fond de moi qu’elle ne m’oubliera pas de sitôt.

 

Nous repartons une fois de plus avec la nuit, complètement perdus. Le vent s’est de nouveau levé avec fureur et nous offre des images de fin du monde. La poussière est de tous les côtés et j’ai même du mal à respirer.

"Dis, tu reviendras quand ?"

Seul un petit garçon apparaît sur le chemin et nous indique « rectito no mas, no vas a ir en cualquier camino ». Une véritable énigme du Sphinx en somme. A force d’aller-retour, nous arrivons enfin à Uyuni où nous louons une chambre dans un hôtel avec salle de bain privé – le grand luxe. Et je m’endors le sourire aux lèvres, en sachant que demain matin, je vais enfin fouler pour la première fois le Salar d’Uyuni.

Rédigé par Adeline

Commenter cet article