El Chapare: l'enfer au paradis
Publié le 17 Octobre 2012
A l’image d’une aventure digne d’un épisode d’Indiana Jones, nous aurions pu nous perdre dans la jungle sous une chaleur étouffante, en combattant des araignées géantes et en évoluant à travers les lianes et plantes tropicales. Mais ça, ça aurait été choisir la facilité. Nous, nous avons choisi l’enfer au paradis : un voyage scolaire improvisé, avec parasites américains au menu, professeur dévergondé et mères excentriques (du genre terrifiées à cause d’un papillon et dont le seul moyen d’expression semblait être le cri ou le rire bruyant). Attention… 3, 2, 1 : récit de vacances boliviennes ordinaires, vue par une touriste française !
La différence majeure avec nos excursions précédentes ? Des shorts, maillots de bain et lunettes de soleil dans nos sacs à dos, mais aussi un groupe d’enfants et de parents d’élève prêts à partager avec nous leur voyage de fin d’année. Quand je dis « nous », j’inclus les « parasites américains » [pour reprendre l’expression de Camille] qui se sont incrustés après avoir entendue Luzneida, une collègue avec qui je m’entends très bien, nous proposer de les accompagner.
Parasite, adj. : se dit des personnes qui vivent aux dépens d’autrui. Parasite américain : originaire d’Amérique du Nord et disséminés dans le monde entier à partir du 19ème siècle, cette espèce membre de la famille des êtres humains possède une faculté d’adaptation remarquable. Sans environnement fixe, il évolue dans les pays d’autrui en s’appropriant ces terres comme étant les siennes, ce qui lui permet également de profiter des autres espèces pour vivre. Ignorant le sentiment de gêne, il peut demander aux plus petits « homos sapiens » de lui laisser un espace dans un bus auquel il n’a pas été invité à participer, et ce durant 4h de temps (ou plus). Evoluant dans un environnement de luxe, le parasite n’hésitera pas à dépenser beaucoup d’argent pour des choses futiles, et ce même si ces compagnons de route vivent avec moins de 100 euros par mois. Gourmand, il se nourrit essentiellement grâce aux aliments des autres espèces, qu’il n’hésitera pas à voler directement dans leurs assiettes. Habitué à la vie citadine, celui-ci montre sa fragilité régulièrement lors de crises qui le font souvent paraître à l’aube de la mort. Cette technique, aussi connue sous le nom de « maladie imaginaire », lui permet de gagner l’attention d’autrui et de soutirer quelques aliments supplémentaires ou autres avantages du même type. Il n’évolue en général qu’avec des membres de son espèce et se considère comme l’espèce dominante, même si l’espèce européenne, aussi connue sous le nom de « Camillus Adelinus Francesas », le rappelle parfois à la réalité de sa condition. Je me permets de faire ce petit trait d’humour après avoir vécue diverses expériences avec des américains, mais je tiens à préciser que je ne fais pas de généralité et qu’il existe bien évidemment des exceptions à la règle.
Pour revenir à notre voyage, je suis toujours aussi impressionnée par la diversité de climat et de paysages que possède la Bolivie. En quelques dizaines de minutes à peine, nous passons des montagnes arides de Cochabamba au brouillard épais de l’altiplano, puis à la végétation luxuriante et au climat humide des tropiques.
Dès le Samedi matin, après avoir caché mon corps sous une pellicule de produit anti-moustiques, je découvre une atmosphère magique. Une forêt dense s’étale à perte de vue, parfois entrecoupée par des fleuves immense et des cascades bruyantes. Plus nous nous enfonçons dans la forêt, et plus la chaleur devient étouffante. Le lieu présente une diversité de faune et de flore impressionnante : des bananiers, des palmiers, des lianes et des fleurs tropicales.
Malgré tout, impossible pour nous d’apercevoir autres choses que des papillons car le groupe est beaucoup trop bruyant. Il se peut aussi qu’une des mères attrape une libellule pour l’étouffer dans ses mains, ou coupe une feuille en mettant un coup de bâton dedans (ce qui nous fait complètement halluciner avec Camille). Au cœur du « Parque Carrasco », nous arrivons dans une grotte où nous pouvons voir de très près des chauves-souris (et comme la majorité des mères refuse d’y rentrer par peur, nous pouvons profiter d’avantage). A la sortie, nous demandons au guide si le flash des appareils photo ne les dérange pas, et il nous indique que si, avec un grand sourire. Conclusion : le bien-être des touristes passe bien avant le respect des animaux présents sur le site.
Un peu plus loin, des bruits impressionnants nous laissent imaginer des oiseaux nocturnes. Ils sont aussi indispensables au renouvellement de l’écosystème car ils sèment les graines dans la forêt durant leurs excursions nocturnes. Sur le chemin du retour, nous prenons du temps pour nous baigner dans le fleuve. A moitié habillée, je me glisse dans une eau tellement chaude que je me croirais dans une piscine. L’instant est magique : je peux me rafraichir et me laisse emporter par le courant en me souvenant à quel point j’ai de la chance de vivre ces instants.
Le temps sacré du repas (pour les cochabambinos) arrive enfin et j’en profite pour goûter un surubi, poisson des fleuves tropicaux. Bien évidemment, nous arrivons trop tard pour visiter le « Parque Machilla », d’autant que les mères crient « piscine, piscine » en précisant « ce sera mieux que de marcher et d’écouter le guide ». En fait, nous apprendrons plus tard que les animaux n’y sont pas très bien traités, ce qui provoque chez eux des comportements violents, notamment envers les enfants (les singes mordent, volent..). Nous passons donc la soirée dans la piscine d’un hôtel, en buvant de la bière avec les parents qui chantent et jouent de la guitare. Le moment est agréable, même si nous sommes un peu déçues du voyage et que nous préférons définitivement l’aventure et ses contraintes au confort d’un voyage « organisé ».
Le Dimanche, nous prenons notre temps pour goûter un petit-déjeuner dé-li-cieux : salade de fruits (ananas, crème de coco, banane, gélatine et yaourt), café et sandwich à l’œuf. Ensuite, nous achetons quelques fruits des tropiques pour ramener à nos familles et nous embarquons dans le bus pour aller visiter la « jungla ». Alors que nous imaginions déjà un espace naturel et sauvage, nous atterrissons dans un centre « d’accro-branche » pour les enfants dans la forêt. Pendant que le groupe s’amuse, nous décidons de rester calmement dans les arbres pour admirer les singes, dont la curiosité semble réciproque. Ceux-là sont sauvages, et tant mieux.
Ensuite, nous nous aventurons dans la forêt avec Camille, seul moment où nous pouvons profiter du silence de la nature. Nous choisissons de ne pas tenter les attractions locales : des balançoires qui peuvent s’élever à plus de 16 mètres au-dessus du sol. Pour arrêter notre décision, il nous suffit de remarquer qu’il est facile de glisser de la balançoire (c’est le moment où je m’imagine pendue par les pieds), qu’il est également possible de se prendre un arbre dans la figure ou encore de se fracturer la cheville en atterrissant. Et pour le coup, je n’exagère rien puisqu’on nous a raconté des anecdotes du genre. Au lieu de jouer les singes, nous préférons aller nous baigner dans le fleuve. Encore une fois, je rentre tout naturellement dans une eau trouble mais délicieusement sauvage, entourée de berges ensablées et de forêts majestueuses. Cette ambiance géniale me vaudra de répéter une dizaine de fois : « waou, c’est vraiment un rêve ». Si un jour j’ai l’occasion de revenir, ce ne sera que pour me laisser dériver dans ces eaux délicieuses.
La morale de cette histoire est qu’un voyage se partage. Il se partage avec des compagnons de route, des habitants d’un jour ou des rencontres d’un soir. Mais un voyage ne peut être apprécié qu’autour de valeurs partagées. Et moi, je me rends compte que je ne peux savourer un voyage sans respect des habitants et de la nature. Donc la prochaine fois, les enfants d’accord, Camille parfait, mais pitié, plus jamais de parasites !